Dance Your Pain Away (La tête haute), premier extrait du nouvel album de Lynda Thalie, laissait présager un disque au ton europop. Sous le titre Nomadia, elle a plutôt rangé des chansons qui vont des planchers de danse parisiens aux rues d'Oran, sa ville natale, et aux abords de la mer des Caraïbes. Tour d'horizon en cinq escales.


Orient

Sa vie en Algérie est désormais loin derrière elle. Lynda Thalie, née à Oran, berceau du raï, a débarqué au Québec dans les années 90 pour fuir un pays qui avait sombré dans la violence. Son dialogue avec ses racines musicales connaît de fréquentes modulations: elle chantait peu en arabe sur Sablier (2002), mais elle s'était rapprochée des sonorités orientales à la fin de la dernière décennie, en particulier dans son spectacle La rose des sables, en 2009. Ce mouvement de balancier se poursuit avec Nomadia, disque qui voyage jusqu'à l'europop.

Occident

«Pendant des années, j'ai approfondi ce qui était musicalement oriental, convient la chanteuse. Je craignais tellement de ne pas être authentique face à mes racines que je l'ai trop été, à mon avis. Dans la vie de tous les jours, je ne suis pas aussi orientale et nord-africaine, je suis très occidentale. J'aime la musique pop. Là, je penche vers ce côté de la balance : je veux être authentique face à cette femme occidentale que je suis.»

Europe

«Je suis très, très ambitieuse», disait-elle à ses débuts. Cette soif de faire voyager sa musique demeure, mais semble moins dévorante après 10 ans de carrière. «Je veux vivre les affaires et prendre plaisir à faire de la musique», dit-elle. Nomadia a été réalisé par Louis Côté, réalisateur à succès pour K. Maro et Shy'm, et compte quelques chansons calibrées pour le plancher de danse, à commencer par Dance Your Pain Away (La tête haute). «Si ça peut me faire percer le marché européen, so be it», lance la chanteuse.

Espagne

«Oran, où je suis née, est immensément influencé par la culture espagnole. J'ai été bercée par les guitares flamenco, raconte Lynda Thalie. La musique latine fait partie de ma vie. «Et de son nouveau disque. Sa chanson 1001, avec Nedjim Bouizoul de Labess à la guitare espagnole, transporte ces souvenirs andalous. Un souffle de liberté, aussi, que la chanteuse revendique plus fort que jamais.» J'étais dans mon cocon, dans ma chrysalide, dit-elle. En ce moment, je suis un papillon!»

Caraïbes

Ne pleure pas, chanson de résilience et d'espoir, Lynda Thalie dit l'avoir écrite pour elle. Puis, elle eu envie de marier sa nostalgie algérienne à la nostalgie cubaine. D'où la présence de Carlos Placeres à ses côtés. Nomadia voyage, comme son titre l'annonce, mais garde un fil conducteur: les percussions nord-africaines, dont le bendir. «Pour moi, c'est le son de la révolution arabe, le son de l'amour et des mariages», dit Lynda Thalie, à propos de ce tambour sur cadre cousin du tambourin.

Source: La Presse - 28 mai 2013