La diaspora algérienne au Canada commémore le 22 février

Il a fait beau ce samedi à Montréal : le soleil était au rendez-vous et le mercure affichait une température proche du zéro, presque l’été dans une ville habituée à vivre sous le point de congélation en février.

Une belle occasion pour la diaspora algérienne de commémorer le premier anniversaire du déclenchement de la contestation populaire, le hirak, qui a mis fin au rêve d’un 5e mandat pour le président déchu, Abdelaziz Bouteflika, et son clan.

Et cette commémoration n’est que la continuité d’un soutien que la diaspora démontre chaque semaine envers le hirak depuis le 24 février 2019, week-end oblige. Un soutien qui se décline en rassemblement, forum citoyen ou café politique. Samedi matin, une caravane de voitures, klaxons à fond, a sillonné les rues de la ville, non sans irriter la police locale. S’en est suivie une marche de la place du Canada jusqu’au consulat d’Algérie qui a vu la participation de près de 2000 personnes.

Les manifestants, venus en famille ou en groupe d’amis avec le drapeau algériens ou l’emblème identitaire amazigh, ont arpenté la rue Sherbrooke en reprenant les chants du hirak qu’on entend lors des manifestations en Algérie. Les pancartes brandies reprenaient, elles aussi, les slogans du hirak et les photos des détenus du mouvement populaire. Arrivée au niveau du consulat d’Algérie, la manifestation s’est transformée en rassemblement, où les jeunes Algériens de Montréal s’en sont donné à cœur joie en chantant les «classiques du hirak».

Au même moment, un rassemblement était organisé à Ottawa devant le Parlement canadien. Le nombre de participants étant moins important pour la simple raison que la quasi-totalité des Algériens du Canada vivent à Montréal et ses environs. La commémoration montréalaise s’est poursuivie ailleurs dans la salle de spectacle d’un établissement scolaire avec une exposition photos et une installation sur le hirak et ses acquis.

Au programme, chants, musique, poésie et quizz sur le hirak ainsi que des messages vidéo de remerciement aux Algériens du Canada de la part de leurs compatriotes en Algérie et ailleurs dans le monde, dont l’ex-détenue membre RCD de l’APW de Tizi Ouzou, Samira Messouci. Dans son message, elle a insisté sur la nécessité de continuer la Révolution du sourire et a remercié les Algériens du Canada qui ont aidé à «internationaliser» le hirak.

Et sur le rôle de la diaspora algérienne, Youcef Guerni, un des organisateurs et qui a participé à 52 rassemblements à Montréal et un à Alger, explique : «Nous sommes des Algériens à part entière et nous avons un devoir envers notre pays. Et cela a un impact. Quand j’étais en Algérie récemment, ma famille et mes amis m’ont affirmé que quand les Algériens de la diaspora manifestent à l’étranger, ça a un impact sur eux : nous ne sommes pas seuls. Notre voix est prolongée et amplifiée dans le monde.»

Pour Kahina Aouamer, «le rôle de la diaspora est un soutien à ce qui se passe en Algérie. Cela participe aussi à médiatiser la cause du peuple algérien et ses revendications». A ceux qui se posent la question sur les gains du hirak, la psychologue ajoute : «Le fait même que le hirak soit rythmé une fois par semaine, ça lui donne du souffle. Car rien ne peut se construire sans rythmicité. Cette dernière est un organisateur psychique mais social aussi. Elle permet de s’organiser pour faire plus.»


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