Omar Aktouf: Un altermondialiste qu'on veut réduire au silence

Omar Aktouf est cet intellectuel et alter mondialiste qui ne laisse pas indifférent. En effet, au cours de ses interventions publiques et à travers ses prises de position engagées dans les domaines politique, économique et social, il interpelle souvent les politiques. Il dérange lorsqu’il s’exprime et ne rate pas l’occasion de monter au front pour communiquer ses messages lors de multiples conférences qu’il s’est appelé à livrer au Canada et à travers le monde.

Cet universitaire algérien, mais également canadien depuis plusieurs décennies, est l’auteur de nombreux ouvrages traduits en plusieurs langues sur le management, l'économie et l’administration. Ses publications étant trop nombreuses (ses articles se chiffrent à plus d’une centaine et la notice bibliographique qui accompagne son curriculum vitae fait six pages!), nous ne mentionnerons que la principale et qui en est à la 4ième édition en français (3ème en espagnol. 2ème en portugais, épuisé en anglais…). Cet ouvrage qui a précédé « La stratégie de l’autruche » honoré du Prix du meilleur livre d'économie – management 2003 du Canada Français, est un véritable traité sur la bonne gouvernance, dans lequel M. Aktouf, Professeur titulaire à l’École des Hautes Études Commerciales (HEC), expose avec une démarche de scientifique sa vision des nouveaux enjeux du management (la mondialisation, l’écologie, l’éthique, l’économie du savoir). Cette dernière édition, préfacée par le Dr. Boutros Boutros-Ghali, traite enfin des grandes questions managériales dans une perspective historique, comparée, mondialisée et internationale. Il s'agit de Management entre tradition et renouvellement.

Aussi, sa parfaite maîtrise des modèles d’administration, lui a valu de nombreux prix et distinctions comme c’est le cas récemment avec le prix qui lui a été attribué pour le meilleur article pour la formation en gestion décerné par l’Association des sciences administratives du Canada (ASAC).

M. Aktouf ne se contente pas de rayonner dans les milieux universitaires et d’affaires, mais également sur la scène politique au Québec et au Canada et s’impliquant sans hésitation aucune dans les dossiers chauds de l’actualité.
C'est d’abord au niveau fédéral qu'il fut candidat à l’élection au poste de député en affrontant l’actuel ministre fédéral des Transports, avant d'être à nouveau sur la scène provinciale où il sera candidat pour le compte de son parti l’UFP (Union des forces Progressistes) dont le positionnement à gauche sur la scène politique dérange certains partis, notamment l’opposition actuelle (Parti Québécois) qui perd une partie de son électorat à cause de son alignement sur les thèses libérales.

Pour la prochaine élection partielle complémentaire destinée à pourvoir un poste de député à la suite du départ volontaire du ministre des Finances du Québec et de l’abandon par celui-ci de son siège de député, M. Aktouf est sollicité pour engager la bataille sur un terrain difficile et surtout dans une circonscription acquise depuis longtemps aux libéraux. En homme conscient des limites que lui impose l’environnement, il ambitionne de décrocher de 15 à 20% des suffrages, score qu’il se prépare à atteindre pour dit-Il, éveiller la conscience des hommes politiques et pouvoir exercer des pressions sur certains partis politiques dont le glissement vers la droite est de plus en plus douloureux pour une bonne partie de la population.
C’est d’ailleurs dans cet esprit que la campagne électorale d’Omar Aktouf a été lancée le 13 octobre 2005 et à laquelle plusieurs compatriotes étaient présents, comme de nombreuses autres personnalités du parti dont il défendra les couleurs et les valeurs. L’UFP, est un jeune parti qui regroupe des militants de gauche, des écologiste et des partisans de la lutte à la pauvreté. Parmi les principales revendications de ce parti on peut citer : la nécessité de partager la richesse par une réforme économique et une fiscalité équitable, l’exploitation des ressources naturelles en fonction de l’intérêt collectif et du respect de l’environnement, la mise en œuvre de mesures concrètes pour mettre fin à toute discrimination, une réforme du code du travail pour favoriser l’accès à la syndicalisation et enfin, l’indépendance nationale pour le peuple québécois. (Pour suivre cette campagne il suffit de visiter le site suivant : www.omaraktouf.org ).

L’entrée en scène de M. Aktouf ne s’est pas faite à l’occasion du lancement de sa campagne électorale, mais bien plus tôt. En effet, nous avons pu le voir sur les réseaux de télévision québécois défendre deux points de vue, l’un politique (le terrorisme international et le Canada), l’autre économique (la flambée récente des prix du pétrole).

Si sur le second thème il n’a eu que des partisans lorsqu’il dénonce les superprofits que « la crise du pétrole » induit pour les grandes compagnies pétrolières, ses idées concernant le Canada, sa place et son rôle en matière de terrorisme ont soulevé quelques critiques : les plus virulentes (Denise Bombardier et Benchetrit) le vilipendent et le condamnent sans procès et s’étonnent que cet intellectuel ait le droit d’être publié dans la presse québécoise et exposer un point de vue qui sort de la «normalité» et du politiquement correct! Son origine, sa religion et le fait qu’il n’est qu’un immigrant sont brandis par ces ‘intellectuels’ qui voudraient le placer dans la sphère qu’il combat lui-même : l’islamisme radical. Veut-on à travers les attaques gratuites menées contre M. Aktouf réduire et même empêcher que les intellectuels canadiens venus d’ailleurs, s’expriment et bénéficient des mêmes droits que le reste de la population? Nous ne franchirons pas ce pas pour dire qu’il s’agit là d’un appel à une discrimination et peut-être même à une forme de racisme, puisque cette question est de nouveau sur le tapis à la suite des déclarations du psychiatre Pierre Mailloux (celui là même qui a été condamné par le CRTC après s’en être pris aux musulmans et aux maghrébins) qui a déclaré, sur la base d’études américaines, que le QI (quotient intellectuel) des noirs est inférieur à celui des blancs!

"La Tribune" a rencontre M. Aktouf. Il a bien voulu s’y confier dans un long entretien.

 

Interview

 

Omar Aktouf : L’image du Canada à l’étranger était encore bien perçue […] cette image commence à ternir.

La Tribune : Vous avez été la cible d’attaques à la suite de la publication d’un article dans les principaux quotidiens du Québec sur le terrorisme international et la place du Canada dans cette histoire de mouvance du terrorisme international?

R. C’est un article qui a paru le 20 juillet dernier suite aux attentats de Londres du 7 juillet. Je me suis élevé contre le fait que le ministre des affaires étrangères, le ministre de la défense, le premier ministre du Canada et les médias se soient mis à crier à la psychose, au terrorisme, et à l’imminence d’attaques sur le sol canadien. Ma réaction tient au fait qu’encore une fois on a mis en exergue l’arabo-musulman méchant, aveugle, qui fait sienne cette théorie du nihilisme, etc.. Cet article avait pour objectif de rappeler les différentes positions que le Canada a, jusqu'au régime actuel de M. P. Martin, toujours adoptées en matière de politique internationale : la première position étant que le Canada a le mérite d’avoir une image positive dans le monde, renforcée par un Jean Chrétien qui a eu le courage de dire non à l’invasion de l’Irak et celui de refuser d’adhérer à une politique arrogante et conquérante, celle de la défense exclusive des intérêts des Etats-Unis, des multinationales.
J’exposais alors cette idée selon laquelle, le Canada avait une image qui commence à ternir et semble trop s’associer aux Etats-Unis comme semble le faire le gouvernement actuel, qui a changé sa position vis-à-vis du problème palestinien, vis-à-vis du problème irakien, et confie à son armée des missions plus agressives, comme en Afghanistan. Nous sommes loin de cette image d’un Canada comme pays neutre, de pays qui défend le droit international comme en Palestine jusque là. Si le Canada reprenait cette image là, il n’aurait pas à craindre des représailles, parce que ce qui s’est passé à Londres ce sont des représailles contre l’arrogance et l’invasion américo-anglaise en Irak. J’écrivais également que l’image du Canada à l’étranger était encore bien perçue et qu’il fallait agir toujours dans cette direction en donnant comme preuve l’exemple de ces américains qui mettent des gros logos Canada sur leurs valises, leurs vêtements parce qu’ils savent très bien qu’avec l’image Canada, même s’ils ont l’air américain ils seront partout en paix. Le Canada aura tout à gagner car il n’aurait pas à souffrir ni du ressentiment, ni de la haine dans les pays arabes comme c’est le cas envers les Etats-Unis. La deuxième position que je défends c’est que si Londres a été ciblée et attaquée, il faut en chercher les raisons et ne pas faire d’amalgame car le Canada n’est ni l’Angleterre de Blair, ni les Etats-Unis de Bush et non plus l’Espagne d’Aznar. Je soulignais également que si l’Espagne, les Etats-Unis et l’Angleterre ont été l’objet d’attentats, ce n’est pas du tout une raison pour clamer que le Canada n'est pas à l’abri, et j’argumentais à l'aide des exemples de la Suède, de la Belgique, de la Norvège, de la Finlande qui sont tout aussi occidentaux que le Canada, n’ont pas succombés à la psychose du terrorisme, pourquoi ces pays ne clament pas craindre des attaques? La je voudrais rappeler la déclaration du maire de Londres, M. Livingstone qui s’exprimait au lendemain des attentats et qui soulignait que si les attentats ont eu lieu c’est parce que les soldat anglais ont tué des civils, des enfants, des innocents et qu’il faut s’attendre à ce que les populations qui ont été bombardées viennent, à leur tour, le faire chez les premiers attaquants.

Q. Le régime de Blair a toujours donné asile à des opposants, des islamistes, des intégristes déclarés…

R. Absolument et qui viennent du monde entier. D’ailleurs, c’est une position de l’Angleterre qui peut se discuter très longuement, mais moi je fais le pari qu’il y a quelque chose de machiavélique derrière. Ce n’est pas pour rien qu’ils entretiennent des mouvements radicaux de la sorte et cela à la manière des Etats-Unis qui ont fabriqué Ben Laden, qui ont fabriqué les Talibans, de là à imaginer que l’Angleterre soit le lieu d’entraînement, qui favorise l’éclosion, la culture de ces groupuscules pour pouvoir s’en servir plus tard… il n'y a pas grand pas à faire. D’ailleurs ils s’en servent, les attentats de Londres servent largement les visées de Bush et de Blair. Rappelons nous que comme par hasard, deux jours avant le sommet d’Écosse du G 8, où il ne devait être question essentiellement que de la pauvreté et de l’Afrique, alors que Bush ne voulait parler que de terrorisme, ces attentats tombent à pic pour chambouler l’ordre du jour et reléguer le fléau du siècle, la pauvreté, à des jours meilleurs… et remettre sous les projecteurs le sujet favori de Washington : «Le Terrorisme International» ! J’en conclue que de tels «évènements» à la veille de tels sommets doivent bien servir les intérêts de Bush et de son clan.
Il faut également considérer le mystère de l’assassinat du jeune Brésilien, abattu de 8 balles alors qu’il était couché dans le métro, est ne trouve sa justification nulle part. C’est loufoque, il n’y a aucune explication crédible. Les autorités ont été confondues et se sont empêtrées dans des explications qui ne collent pas dans les différentes versions de l’attentat et de l’assassinat d’un innocent.

Q. Revenons si vous le voulez bien à cette prise de position publique, l’article ayant été publié dans La Presse et Le Devoir. Pourquoi, êtes vous la cible des Benchetrit, Bombardier et autres? Serait-ce une tentative de vous bloquer à l’avenir, l’accès aux médias… ?

R. Il y a d’abord l’intérêt du système lui-même dont font partie Paul Martin (premier ministre du Canada) et compagnie. Ce système veut maintenir l’idée qu’il y a un complot nihiliste arabo-musulman qui veut détruire l’Occident. C’est d’ailleurs la deuxième thèse que je défends, la troisième dans cet article, c’est qu’il n’y a pas de complot nihiliste, qu’Al Qaida c’est une idéologie, ce n’est même pas un groupe organisé. Bien des ouvrages l’ont prouvé dont Dominique Thomas dans Londonistan. Je dis donc que nous sommes victimes de mensonges à répétition et si le Canada se démarque de ces mensonges et de l’aventurisme unilatéral américain, on n’aura pas d’attentats. Ces gens ont réagi, ce sont des activistes connus de Montréal dont le patron du Congrès juif sépharade, Benchetrit, qui a écris que ces journaux ne devraient pas m’ouvrir leurs colonnes. Les attaques m’ont visé à titre personnel. Sur le fond, on n’a pas relevé du tout le fait que je parle de mensonges, à qui profite le crime des attentats. Ils n’ont pas attaqué le fait que je dis que le Canada est connu pour défendre le droit international. Au lieu de m’attaquer sur le fonds et mes arguments, ils m’ont attaqué plus à titre de personne : traité de fou, idiot, imbécile… cautionnant «le» terrorisme, appelant à la tuerie impunie… etc.

Q. Branche d’Al Qaida peut-être?

R. Non, ils n’ont pas été jusque là, mais sous-entendu. Il y a des messages qui sont parvenus jusqu’à la direction de l’École (HEC) qu’il fallait faire des enquêtes, parce que j’ai l’air d’être bien informé et que peut-être je suis lié à une mouvance terroriste. Vraiment, le ridicule ne tue pas. Entre les lignes, Denise Bombardier a carrément écrit : obscène, infâme, elle a écrit que mon article était un appel au meurtre et une justification à priori et à posteriori du terrorisme. Donc il faut quasiment lire branche de Montréal d’Al Qaida. Cela a suscité des réactions parce que mes positions n’arrangent pas la stratégie qui semble celle d’un Occident en alliance objective depuis Washington jusque à Paris en passant par Londres et maintenant par Ottawa. Cette alliance objective repose sur les problèmes énergétiques. L’occident commence à manquer de pétrole, on manque de ressources. L’exemple de la Louisiane est éloquent : seulement 4% de la capacité de raffinage des Etats-Unis a été perturbée, et c’est la flambée scandaleuse du prix de l’essence à la pompe. Il me semble qu’il y a une espèce de complot, d’alliance objective, de complicité objective de ces pays de l’Occident, les pays riches, pour accréditer l’idée qu’il y a un vaste complot arabo-musulman. On projette dans les médias, une image bien négative des Arabes et des musulmans. On les photographie systématiquement, par exemple, enturbannés, de dos, ou vociférant ou en train de faire la prière et le derrière levé au ciel. Les photos de ce genre ornant les Unes de la presse canadienne et ailleurs en Occident sont loin d’être innocentes. Systématiquement nous avons droit à des images inspirant peur et répulsion de ces arabes qu’on veut à tout prix montrer sous le mauvais angle tels des sortes de nouveaux monstres. Et ces images, maintenant c’est systématique, cela ce fait ici, en France, en Angleterre, ce qui me fait dire qu’il y a une complicité objective de Washington jusqu’à Paris pour accréditer les mensonges. J’ai reçu des lettres de Québécois et de Canadiens me disant à 80% qu’ils sont d’accord avec moi, que je dis tout haut ce qu’ils pensent tout bas. Souvent dans ces lettres d’appui, il ressort clairement que dans les conflits ouverts et provoqués c’est le pétrole qui en est la source. C’est le contrôle de cette ressource qui guide de façon systématique la démarche et la politique belliciste de Bush et de Blair. Bien plus, et par la force ils tentent d’empêcher la Chine d’accéder à cette source d’énergie.

Q. Justement, les besoins de cette Chine montante en énergie et qui va à contre-courant de la démarche américaine de s’approprier les ressources…

R. Vous savez, la guerre au Darfour, c’est parce que les Chinois ont découvert un très important bassin pétrolier dans le sud du Darfour et étaient prêt de le contrôler. On a mis en place une stratégie : du côté européen on finance une tribu, du côté américain on en finance une autre pour créer et pousser à l’enlisement d’un conflit et tenter d’éliminer une faction du gouvernement qui appuie la Chine. Les réactions de ces sionistes activistes, de Denise Bombardier à mon article, c’est parce que j’attaque de plein front cette complicité objective. J’en détruis les piliers : il n’y a pas de nihilisme arabe qui menace l’Occident, il n’y a pas à faire l’amalgame entre l’Angleterre, les Etats-Unis, la Belgique, la Suède, la Norvège et le Canada, cela n’a rien à voir. Le Japon n’a jamais eu de terroristes intégristes sur son sol. Voilà les intérêts que j’attaque et je récolte les réactions.

Q. Sur un autre volet et en tant que militant, et alter mondialiste, vous êtes candidat à une élection provinciale partielle pour pourvoir le poste de député laissé vacant par le départ précipité de l’ancien ministre des Finances sortant, Yves Séguin,

R. Oui. On m’a demandé de me représenter, malgré un agenda surchargé. Les alter mondialistes articulés sont très en demande aujourd’hui, si cela ne tenait qu’à moi, je serai dans les avions toutes les semaines un peu partout dans le monde. On m’a demandé, on m’a tordu le bras, on a beaucoup insisté, mes amis de l’Union des Forces Progressistes, est un parti jeune qui, en 2003, a connu une ascension fulgurante. C’est une réunion de forces progressistes, comme son nom l’indique, il y a là des socialistes, des socio démocrates et je suis fier d’en faire partie.

Q. Ce sont des héritiers d’un mouvement de gauche

R. Tout à fait, les différents mouvements de gauche, depuis le syndicalisme de gauche jusqu’aux Verts, nous nous définissons comme socio démocrates, simplement comme la gauche. On a beaucoup insisté pour que je me représente et j’ai accepté. C’est pour la visibilité de la gauche et parce que j’ai obtenu 14% aux élections fédérales de l’année dernière avec le Nouveau Parti Démocratique (NPD) qui est l’équivalent de l’Union des Forces Progressistes au niveau fédéral. D’ailleurs on a beaucoup de liens, presque organiques avec ce parti. Vous savez, un 14% dans un quartier comme Outremont, très riche et très cosmopolite, ou résident de nombreux Juifs par exemple, c’est un record pour la gauche à Outremont. Alors nos pronostics tablent sur 16, 18 même 20%. Cela nous permettra de talonner le Parti Québécois, et même le dépasser si le candidat d’en face ou la stratégie d’en face n’est pas aussi efficace.

Q. Votre score prévisible va permettre l’élimination du PQ avec un score de 16 ou 20%? Vous avantager tout simplement le Parti libéral?

R. Pas certain, parce que le Parti libéral est vraiment dans de très mauvais draps, avec des Jean Charest, les pétrolières, le prix du pétrole, les scandales comme Norbourg : 130 millions de dollars détournés sous leur nez. Je ne pense pas : ils sont dans une très mauvaise position. Les citoyens veulent lâcher les deux parce que notre discours porte, je suis sans fausse modestie une personne qui a une certaine réputation ici, d’intégrité, de professeur qui parle, qui sait parler d’économie, de management. La stratégie c’est d’obliger le PQ (Parti Québécois) de s’ouvrir sur sa gauche. Je ne sais pas si vous avez suivi le fait que le Favori, André Boisclair a parlé d’intégrer l’UFP, de se rapprocher de l’Union des Forces Progressistes. C’est très bien, s’ils ouvrent leur aile gauche et s’ils nous ouvrent la place… on peut alors faire un gouvernement de coalition et avoir une gauche digne de ce nom. Ce n’est pas enlever des voix au PQ puisque de toutes les façons à Outremont le Parti libéral est un bastion libéral, qu’on soit là ou pas, le PQ a peu de chances de passer.

Q. C’est une manière pour vous de montrer que l’UFP est devenu un parti incontournable sur la scène politique québécoise.

R. C’est à cela qu’on voudrait arriver, si je fais plus de 14%. Si j’arrive à dépasser ce score, la gauche sera incontournable sur la scène politique québécoise.

Q. Et à ce moment là, vous serez courtisé par tous les autres courants.

R. Je l’ai déjà été, par les Libéraux, par le PQ, et je l’ai déjà dit dans la presse en 2003, j’ai toujours eu le même discours, si vous voulez la gauche vous prenez toute la gauche, vous n’aurez pas Omar Aktouf tout seul, c’est le package ou rien du tout. Ce n’est pas pour une carrière de ministre que je suis en candidature, c’est pour faire passer des idées. Et le PQ, je le dis franchement, je ne me sens pas coupable si je lui enlève des voix, parce que le PQ depuis Lucien Bouchard est devenu néo-libéral, il applique pratiquement les mêmes économies néo-libérales que le Parti Libéral, donc cela ne me pose pas de problèmes de conscience. Même vis-à-vis des immigrants, le retrait de la loi sur l'Orientation et la francisation, le report et le «traînage» sur celle concernant la pauvreté, le logement social… tout cela fait que jusqu’ici nous avons dans Outremont un déficit de 1 500, 1 600 logements, qui auraient dû être construits et qui n’existent pas et on sait que le taux de chômage est très élevé dans l’immigration, notamment maghrébine, alors que cette population a d’excellentes qualifications. Nous avons affaire à des gens formés et expérimentés dans des domaines très en demande comme le paramédical, comme les métiers manuels, les métiers d’artisans, malheureusement ils souffrent d’exclusion et on leur reproche leur manque d’intégration. C’est le comble! L’intégration des immigrants ne peut se faire sans l’accès au travail.

Q. Il y a un débat actuellement, qui est sur la place publique et qui concerne des propos tenus par le Docteur Mailloux, qui fut l’objet déjà d’une condamnation pour propos racistes vis-à-vis des Algériens et la communauté maghrébine en général et qui révèle la face cachée du racisme latent ou réel au sein de la société….

R. Ce n’est pas juste un racisme latent, ça devient un racisme exprimé complètement et qui ne cache même plus son visage ni sa voix et ce racisme est bien ciblé, bien dirigé, d’abord envers l’Islam, les musulmans, les arabo-musulmans. C’est depuis le 11 septembre que cette diabolisation a prit son envol. Quand cet animateur, Benoît Dutrisac de la télévision publique québécoise s’exprime en ondes et déclare que l’Islam est une religion stupide, j’estime que c’est le bouquet. Imaginez qu’il ait dit que le Judaïsme est une religion stupide, il serait pendu aujourd’hui, il serait voué à l’oubli et croulerait sous les recours et les attaques. Je viens de lire ce matin dans le journal qu’il a été acquitté, complètement blanchi, il n’aurait commis aucune faute. Et le Docteur Mailloux, ce psychiatre connu pour ses positions racistes qui distille régulièrement des propos haineux, qui vomis tous les jours sur cette immigration tant sollicitée par le Canada…, Il a dit sur les ondes de la radio (CKAC) que les immigrants sont des tarés et que les arabo-musulmans, particulièrement du Maghreb n’ont qu’à rester chez eux. Et moi je reçois des messages aussi dans ce sens, heureusement c’est moins de 20 % des messages que je reçois. J’ai même reçu des messages du gouvernement, de hauts fonctionnaires qui ont dit qu’ils allaient mettre mes articles sous le nez du premier ministre et du ministre des affaires étrangères pour qu’ils réfléchissent un peu avant de dire n’importe quoi. Heureusement, mais il y a la partie visible, donc les médias, ceux qui ont accès au médias. Ce Doc Mailloux par exemple, pourquoi ils l’invitent ? Il a déjà une émission sur CKAC de deux trois heures par jour, tous les jours, c’est une station de radio qui est connue, qui a pignon sur rue…

Q. Il anime même des émissions de variétés, Loft Story sur TQS

R. Je ne savais pas. Et puis on l’invite dans d’autres émissions. Pourquoi on l’invite et pas des personnes engagées et qui ont des principes à défendre? Pourquoi pas des gens qui ont des choses inverses à dire? Pourquoi on invite systématiquement des gens qui n’ont rien à dire ou des goals d’équipes de hockey : là ils vont parler de comment éviter une blessure. Inviter des gens qui vont éveiller les consciences, ce n’est pas dans le programme des médias. Donc, le Doc Mailloux vient de dire dans une grande émission que les Noirs et les Amérindiens ont une intelligence inférieure, mesurée par le QI, le test du quotient intellectuel, mais ce qu’il oublie, c’est que les études qu’il cite, qui existent effectivement, sont du même acabit que les études racistes comme il en existe depuis les Nazis, dites scientifiques, pour montrer que les Juifs étaient inférieurs, tarés, stupides, imbéciles….Maintenant on évoque les mêmes études, soi-disant scientifiques, pour dire que les Arabes, les musulmans, les Noirs, les Amérindiens, tout ce qui n’est pas race blanche est stupide et taré. Mais ce qu’on ne sait pas c’est que les études citées par le Doc Mailloux disent que les Asiatiques sont plus intelligents que les blancs, que c’est le jaune qui est le plus intelligent. Mais pourquoi il n’a pas dit ça? Il faut savoir que le quotient intellectuel dont on parle et qui est appliqué dans ces études, c’est le quotient intellectuel qui est talonné essentiellement en Occident et aux Etats-Unis, donc il n’est pas transculturel, il mesure à peu près, pas l’intelligence, mais l’attitude, la culture, le comportement, les conceptions du bourgeois américain blanc, protestant, moyen. Voilà ce que ça mesure. Donc, si vous appliquez ce test à un Noir de Harlem, c’est sûr que ça ne marche pas du tout. Si ce test avait été fait par exemple pour mesurer comment on se comporte, comment on conçoit les choses, quelle approche à la vie a un Noir d’une famille pauvre de Harlem et qu’on applique ce test à un petit bourgeois blanc de Manhattan, il serait probablement stupide, parce que cela ne mesure pas la même chose. Le Blanc québécois moyen qui entend cela, il y croit. Nous sommes malheureusement dans une espèce de nazification des pouvoirs d’abord, et ensuite de la société nord-américaine et peut-être même européenne. Et cette nazification ça consiste essentiellement à se fabriquer un ennemi racial, donc un autre qui est une menace à sa propre civilisation. Les Nazis ont fabriqué le Juif comme étant l’autre qui empêche l’Allemand de se grandir. Les Etats-Unis sont en train de nous dire qu’il y a un nouvel «autre» qui les empêche d’être à la grandeur qu'ils souhaitent atteindre et c’est l’arabo-musulman. Il est stupide, il est taré, il envahit, il est pauvre, il ne sait pas se développer. Mais ce que ne disent pas ces gens là c’est que, si l’Afrique et les pays musulmans sont pauvrissimes, c’est parce que c’est les Etats-Unis qui ont installé tous les régimes, à commencer par l’Arabie Saoudite, expressément pour organiser la misère dans leur pays, pour transférer les richesses de l’Afrique et des pays musulmans vers New York, Londres, Paris et Ottawa.

Q. Au fait, ce discours haineux vient à contre-courant du désir du Canada d’amplifier ce flux d’immigrants qui est annuellement de deux à trois cent mille nouveaux arrivants, du fait de la dénatalité de ce pays qui depuis quinze ans est en courbe descendante. Cela fait le jeu de qui : c’est pour sélectionner, pour opérer une nouvelle sélection du type d’immigration, pour éliminer un certain nombre de races?

R. Oui, vous vous souvenez de l’entente du gouvernement Charest, quand il est arrivé au pouvoir, avec la communauté juive pour favoriser l’immigration juive? Maintenant, on veut favoriser l’immigration de gens beaucoup plus dociles, culturellement et religieusement «plus facilement assimilables», par exemple d'Europe, d’Asie, d’Inde, d’Amérique Latine, Chrétiens, Protestants... D’ailleurs, déjà maintenant c’est connu : les dossiers de demandes d’immigration provenant d’Afrique et de pays arabo-musulmans prennent cinq à sept ans, alors qu’un dossier provenant de Paris c’est six mois. Mais pour Paris à condition que vous ne vous appeliez pas Mohammed Ben Couscous, il faut s’appeler Jacques Dupont et là votre dossier est traité en priorité. Il y aurait une nouveauté maintenant pour les familles qui veulent immigrer d’Afrique et des pays arabo-musulmans, c’est peut-être un scoop : pour prouver que vous voulez immigrer avec vos enfants, ce n’est plus le certificat ou l’acte de naissance, il faut faire un test d’ADN pour les demandeurs de ces pays! Il y a une espèce de mafia maintenant entre médecins, cliniques privées, avocats et peut-être commissaires à l’immigration car ce test ADN coûte entre mille, deux milles dollars et plus en fonction de l’endroit où vous vous trouvez. Donc cela veut dire qu’on ferme la porte à des familles entières pour l’immigration. Cela aussi c’est du racisme, car on ne demande pas de test ADN à des familles yougoslaves, tchèques ou polonaises, alors qu’on le fait à un immigrant du Ghana, du Togo, sans doute aussi d'Afrique du Nord bientôt, sous prétexte qu’on ne peut faire confiance aux documents.

Q. Monsieur Aktouf, vous avez effectué un nombre de voyages d’étude en Algérie où vous avez donné des conférences. Là, depuis quelque temps on ne vous voit plus; est-ce qu’il y a eu des difficultés?

R. Oui, l’Algérie j’y allais plus qu’une fois par an. Il y a eu un coup d’arrêt à partir de 1996 – 1997. Il y a eu toute une traversée du désert, je n’étais plus invité. J’étais indésirable, mais il faut comprendre un peu le processus. J’étais invité jusque là par des sociétés nationales, Sonelgaz, Sonatrach, l’Association algérienne des ressources humaines et mes déplacements ainsi que mes frais de séjour étaient financés par un programme de l’ONU, qui est un programme du PNUD, conçu spécialement pour financer l’apport d’experts nationaux expatriés à leur pays d’origine. Donc, un expatrié égyptien qui devient expert en aéronautique civile aux Etats-Unis, ce programme finance son séjour, ses honoraires, son voyage, tout ce qu’il faut pour qu’il aille comme expert en Égypte, partant du principe, qu’un expatrié, expert dans un domaine, est certainement le mieux placé pour aider son pays, parce qu’il en connaît la langue, le contexte, la culture… Et moi j’étais sur cette liste. Et figurez-vous qu’en dinars algériens c’est des millions, parce que ce programme alloue les sommes équivalentes à celles que les organismes internationaux consentent à leurs fonctionnaires et experts. Ainsi des conférences et séminaires que je faisais en Algérie ne coûtaient rien à l’Algérie, mais le reliquat de ce que ce programme me réservait, je le laissais aux organismes algériens qui m’invitaient. Aujourd’hui, pour moi c’est un mystère cette élimination et je ne sais pas pour quelle sorte de rumeur qu’on m’a mis sur le dos et qui m’attribue une critique des cadres algériens, propos que j’aurais tenus un jour, en Tunisie et en France. La décision aurait été prise au plus haut niveau, saisissant les organismes en question pour ma mise à l’écart de ce programme. On m’a construit toute une histoire, comme je l'évoquais plus haut pour justifier l’interdiction qui m’a frappée. J’ai appris par la suite que la demande parvenue au PNUD aurait été officialisée. J'ai parfois la faiblesse d'espérer que ce n'est là que rumeur…

Q. Mais l’administration de cette liste, c’est au niveau du PNUD, on y retrouve listées, les différentes compétences des pays membres …

R. Absolument, mais à la demande d’un pays donné ce programme du PNUD peut effectivement enlever un expert. Ma version, c’est que mon discours ne plait pas parce que j’exprime et dis haut certaines vérités qui choquent ceux qui ne veulent pas reconnaître les lacunes et les insuffisances dans le fonctionnement du pays et des institutions… Quand on me dit pourquoi la Sonatrach, la Sonelgaz ne sont pas assez efficaces, pourquoi l’Algérie ne s’en sort pas, je n’hésite pas à dire les quatre vérités comme toujours : les richesses algériennes sont mal réparties, que la compagnie Khalifa était connue comme étant la machine à laver l’argent sale pour l’Algérie, donc ce genre de vérité on n’aime pas l’entendre, alors je suis persona non grata. Je suis retourné quand même une ou deux fois à la demande d’organismes étrangers comme la GTZ allemande ou d’amis que j’ai encore dans certaines associations. Ils deviennent très rare parce qu’il n’ont pas l’argent pour me financer. Mon dernier voyage, date de juin dernier.

Q. Le prix du baril de pétrole est passé en moins d’un mois de 50 à près de 70$. C’est quoi cette flambée? Comment expliquer ce paradoxe et à qui tout cela profite-il?

R. C’est évidemment les grosses compagnies qui s’en mettent plein les poches depuis toujours. D’ailleurs il faut comprendre que le profit, les gros profits ne se font pas à la production, et les pays producteurs s’enrichissent bien moins que les distributeurs, les raffineurs. Si les pays comme le Nigeria, le Gabon, qui vendent beaucoup de pétrole et qui sont pauvrissimes, s’enrichissent un peu et en faisant l’hypothèse que les gouvernements de ces pays utilisent l’argent à bon escient, je serais très content que le baril atteigne même les 150 ou 200 $. C’est au niveau de la distribution, du transport, du raffinage que l’argent se fait, c’est ce qu’on appelle le downstream. Dans l’industrie pétrolière il y a l’amont et l’aval. L’amont consiste en l’exploration, la recherche, la production. À ce niveau les profits sont plus bas. Pour revenir à la flambée des prix, ce n’est que de la pure spéculation parce que les quantités ne bougent pas du jour au lendemain, le pétrole que donne la terre il est là, tel qu'il est . En une ou deux semaines, ces compagnies ont profité de catastrophes humaines, ce qui est une honte, une infamie, comme la Louisiane. Déjà, à ce moment-là, le mouvement était à la hausse : ils ont crié que des phénomènes naturels de ce genre nuisent au transport, au stockage, en plus de la demande que cela allait créer, parce qu’il faut reconstruire etc.,... Il faut savoir que la planète produit 75 à 77 millions de barils par jour. Les Etats-Unis à eux tous seuls accaparent 20 à 25 millions barils par jour mais n’en produisent que 10, donc ils sont obligés d’aller chercher chaque jour 10 à 15 millions de barils à l’extérieur. Devant cette menace de demande supplémentaire induite par le tsunami conjuguée à la demande chinoise et Indienne, les pétrolières veulent faire croire que cette situation est dangereuse et créer une sorte de pression et même de rareté énergétique donnant ainsi l’alibi à leur spéculation féroce et effrénée. Or, le problème est tout autre : avec les réserves connues jusque là et au taux de consommation actuel de très de gros problèmes d’approvisionnement surgiront de toutes façons vers 2015. Autant dire que ces problèmes sont imminents. Donc, les pétrolières veulent maximiser le plus possible leurs profits car les installations, les investissements sont considérables. Elles veulent faire le maximum d’argent et je soupçonne que ces échéances qui sont imminentes, les déterminent à nous servir des subterfuges et autres mensonges. Elles organisent les pénuries puisqu’elles contrôlent la production. La catastrophe de Louisiane n’a menacé que 4 ou 5 % de la capacité de production US, rien de plus. Il y a eu une ou deux plateformes arrêtées, mais aucune raffinerie à ma connaissance n’a été sérieusement endommagée. À mon sens, de pénurie, il n’y en a point. S’il y a eu des queues dans les stations services en Louisiane, ce qui est tout à fait normal, puisqu’il y a eu des inondations, spectaculaires et l’approvisionnement des stations d’essence ne pouvait se faire par les de communications détruites. Ce n’est pas une pénurie structurelle, elle est conjoncturelle et locale. Les pétrolières profitent de cela pour monter de 50 à 70 – 72 $ le prix du baril, c’est absolument scandaleux! Cela ne s’arrête pas là. Elles refilent ensuite une augmentation à la pompe qui n’avait aucune commune mesure avec la moyenne de l’augmentation du prix de baril, qui était durant ces deux derniers mois de 8 à 10 %. On a eu droit parfois à 50% d’augmentation, 20 à 25% en moyenne, c’est absolument scandaleux, c’est du vol, du gangstérisme et on ne fait rien contre cela.

Q. Pour conclure, et en tant qu’alter mondialiste, comment voyez-vous les prochaines échéances, les rapports entre pays riches et pays pauvres, le Nord et le Sud, la situation de l’économie mondiale…?

R. C’est très bien illustré par ce qui s’est passé ces jours ci à Melilla, au Maroc : entre 500 et 1000 Africains ont pris d’assaut et continuent, les murs, les barbelés, les forteresses érigées pour les retenir et avec l’énergie du désespoir ils se sont élancés vers ce qu’ils pensent être l’eldorado. Plusieurs sont morts, certains déchiquetés par les balles assassines et les froids barbelés tranchants. Ça c’est une image parfaite de l’avenir de l’économie mondiale, la prochaine guerre, ce sera la guerre des riches contre les pauvres. On va avoir en gros pendant les 10, 15 années qui viennent, deux milliards de nantis qui vivront au niveau de l’Europe de l’Ouest, plus ou moins au niveau des Etats-Unis, et puis 5 à 6 milliards de misérables qui vivront affamés et assoiffés. Déjà un milliard et demi d’individus sur la planète n’ont pas accès à l’eau potable. Cinq cent mille personnes meurent par an par faute d’accès à l’eau potable, un enfant toutes les quinze secondes à cause de la qualité de l’eau. Donc, l’avenir est sombre et noir, parce que la conception néo-libérale de l’économie mondiale est une conception maximaliste du profit, qui est une conception nuisible pour le futur de la planète et en opposition à notre conception de développement durable. C’est insoutenable.

Source: http://www.algeroweb.com

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