Guy Bado, caricaturiste Québécois à l'Expression: «La provocation, c'est ma tâche au quotidien»

Il est le seul Canadien invité par l'ambassade du Canada au dernier Fibda 2011. Guy Badeaux, connu sous le pseudonyme de Bado, est un dessinateur de presse québécois, caricaturiste, scénariste et dessinateur de bande dessinée, né le 21 mai 1949 à Montréal au Québec (Canada). Il est surtout renommé pour ses caricatures éditoriales dans plusieurs quotidiens.

Guy Badeaux fait des études en arts plastiques au Cégep du Vieux Montréal et séjourne un an en Europe en 1971, pour ensuite choisir définitivement le métier de dessinateur.

Dans les années 1970, Bado a réalisé des bandes dessinées pour le magazine de bande dessinée québécoise Baloune, pour Mainmise et Le Temps Fou. Il collabore aussi aux débuts du magazine satirique Croc. Bado débute sa carrière de caricaturiste à Montréal dans la section financière de The Gazette, la poursuit dans le Cahier des arts du journal Le Devoir puis dans la page éditoriale du Jour Hebdo. En mai 1981, il déménage à Ottawa pour y travailler dans le quotidien francophone de la capitale. En 1991, il remporte un Prix national canadien, le National Newspaper Awards (en) pour le meilleur dessin éditorial publié dans l'année représentant le Premier ministre du Québec de l'époque, Robert Bourassa, clarifiant sa position. Bado aide à fonder l'Association canadienne des dessinateurs éditoriaux, en 1995, et la préside pendant cinq ans. Il est le rédacteur en chef de la revue annuelle.

Portfoolio: The Year's Best Canadian Editorial Cartoons pendant 22 ans. Neuf recueils de ses dessins éditoriaux ont été publiés jusqu'à maintenant.



L'Expression: Première participation donc au Fibda?
Guy Bado: Oui, c'est la première fois que je mets les pieds en Afrique. Au début je craignais un peu car je ne suis pas du milieu de la BD en tant que tel. J'ai déjà fait de la BD quand j'étais plus jeune. On avait une revue satirique qui s'appelait Croc, à Montréal. j'ai donc sorti mes vieilles BD, les ai coloriées, mises à jour et envoyées au festival. Il faut dire que j'étais invité par l'ambassade du Canada à Alger. Ils ne connaissent peut-être pas tout à fait le milieu de la BD québécoise.

Vous êtes un auteur canadien, vous êtes venu avec quoi?
J'ai envoyé quelques BD que j'avais fait dans le passé et j'ai envoyé quelques dessins d'humour que je fais. Des sujets différents dont le temps d'attente dans les hôpitaux, en jouant sur le mot «urgence» et «patience». En fait, je ne suis pas présent dans la BD québécoise, déjà celle-ci est méconnue à l'étranger bien que nous ayons deux ou trois noms référence dans le domaine

Quel est votre regard sur la BD algérienne qui est autour de vous?
La BD algérienne j'y connais pas grand-chose. Il y a aussi des limites linguistiques. Je ne parle pas l'arabe, bon c'est vrai qu'il en existe en français. Je connais à vrai dire surtout les dessinateurs de presse tels Dilem, le Hic car nous faisons partie du groupe cartoon for the peace. C'est Plantu qui dirige ça. Le truc est que je ne peux apprécier leur travail. Le dessin de presse c'est beau mais si on ne connaît pas les personnages dessinés, c'est difficile d'apprécier la justesse des caricatures et la situation, évidemment. Autrement, j'ai découvert de belles choses.

On vient de remarquer votre dernier livre qui s'appelle Sans dessins du prophète. Pourquoi ce titre un peu provocateur qui fait écho au fameux scandale qui a eu lieu au Danemark, il y a quelques années?
Oui tout à fait! Le problème est que c'est un sujet très intéressant pour un dessinateur de presse. Il faut dire que nous avons les mêmes problématiques qu'en France. Le port du voile, les accommodements raisonnables... Je ne sais pas si vous êtes au courant: il y a une ville au Québec qui a banni la lapidation et l'excision. Un petit village, même si jamais personne ne s'est fait lapider au Québec (sourire) et puis ça a provoqué un débat interminable...

Pourquoi bannir quelque chose qui n'existe pas, je présume, au Québec?
Justement, ça sert pour se faire connaître. Nous, on a une expression au Québec, c'est braser de la marne (merde). Ce qui s'est passé est que le maire d'un village a décidé de faire passer cela au Conseil de ville et de voter. Evidemment, tous les journaux en ont parlé. Ça a dépassé les frontières... on ne parlait que de ça. C'est devenu très gros. Le gouvernement ne voulait pas parler de ça et l'on a décidé de créer une commission d'enquête et tout le monde s'est présenté à cette commission et cela a duré des mois. Il y eut aussi de drôles d'attitudes de la part de certains juifs qui s'offusquaient, en sortant leur synagogue, de voir en face des personnes qui faisaient de la culture physique et ont décidé de peindre les fenêtres, des situations cocasses qui font parler d'elles dans la presse..Et l'on s'en accapare bien sûr.

Le politique constitue en tout cas les trois quarts de vos préoccupations à travers cet album de dessins dont la religion musulmane au Québec, peut-on constater.
D'où le titre de mon livre car c'est le sujet qui revient le plus au Québec. En fait, dans ce recueil, j'ai pris le meilleur de mes dessins réalisés durant les sept dernières années. De 2004 à nos jours. c'est un best of, tout à fait. Si je provoque? Je ne sais pas.. Oui tous les jours. Il y a des gens qui me demandent tous les jours: «Comment osez-vous vous moque du gouvernement?» C'est le descriptif de ma tâche, c'est ce que je fais dans la vie. Pourquoi se gêner? Mais je me moque de tout le monde.

Existe-t-il au Québec des lois répréhensibles contre les dessinateurs de presse quant à l'atteinte éventuelle contre les valeurs de la République ou la Sûreté nationale par exemple?
Non, on n'a pas ça. La liberté d'expression est totale mais ce sont les réactions qu'on ne peut pas prévoir. Il existe, ceci dit, des sanctions ordinatoires. Par exemple, je n'ai pas le droit d'accuser quelqu'un de meurtre s'il ne l'a pas commis (diffamation).

Et vous risquez quoi?
Eh bien, pour le libellé diffamatoire, je peux être traîné en justice pour faute. Mais de toute façon le journal ne publiera pas un libellé diffamatoire. L'autre loi qu'on a est le fait qu'on n'a pas le droit de commenter un procès alors qu'il a lieu. Je n'ai pas le droit de dire que l'accusé est coupable. Il y a la présomption d'innocence, donc je m'abstiens de faire des caricatures avant que le jugement tombe.

Quels sont vos perspectives d'avenir? Comment voyez la caricature? Avez-vous déjà un festival de la BD au Québec?
On en a eu deux. Un à Gatineau, la ville où je travaille et l'autre c'est le festival de la BD du Québec qui a lieu durant le Salon du livre qui se tient en général au mois d'avril. C'est à l'intérieur du Salon du livre. C'est une section avec des invités généralement français qui viennent car c'est le Salon du livre francophone.

L'avenir de la BD au Québec à votre avis?
C'est très positif! Michel Rabagliati, qui a écrit la série des Paul (Paul en vacances, Paul en Québec, etc.), a reçu le prix du public à Angoulême, l'an dernier. Le problème est que ses albums ne sont pas très distribués en France. C'est malheureux! Les gens achetant beaucoup, cela dit au Québec, peut être un peu moins qu'en France mais de plus en plus.

Source: L'Expression

Les commentaires sont fermés.