Djemila Benhabib auteur de Ma vie à contre-coran à El Watan: « Ma tête, je la veux libre de tous les tabous »

Djemila Benhabib, l’auteur du livre Ma vie à contre-coran, dont une première publication est parue en 2008 au Québec, maintenant  réédité par les éditions Koukou  de Arezki Aït Larbi et mis sur le marché algérien depuis samedi, est à Alger pour la promotion de son ouvrage. Hier, Djemila Benhabib était à Tizi Ouzou où elle a passé quelques heures à dédicacer son livre, après l’avoir fait dimanche à Alger. Nous avons profité de ce passage dans la capitale algérienne pour poser quelques questions sur la portée de son livre.



-Djemila, pourquoi un livre au pas de charge sur l’islamisme à partir du Canada ?

Pour une raison très simple, c’est qu’au début des années 2000, on a vu, au Canada, particulièrement au Québec, une montée de lait du religieux qui revendiquait un certain nombre d’accommodements telles des salles de prière dans les universités ou des repas conformes au rite musulman, des congés le vendredi, sans parler de la prolifération des voiles islamiques. D’ailleurs à ce propos, il était surprenant de constater que des femmes arrivaient sans voile et qu’elles commençaient à le porter après leur installation. Ces demandes de se soustraire à la norme commune, au nom de la liberté religieuse cachent, en réalité, quelque chose de plus pernicieux. Il y a là tous les ingrédients de l’idéologie islamiste que je connais bien, contrairement à beaucoup de mes concitoyens canadiens.

La grande majorité des Québécois sont inquiets de l’intrusion du religieux dans la vie publique et ne veulent pas qu’on offre des privilèges au nom de la liberté religieuse parce que disent-ils, si nous vivons ensemble, nous devons être égaux et cette égalité doit prévaloir dans tous les aspects de la vie. J’avoue que  je souscris à cette façon de concevoir la citoyenneté et c’est donc naturellement que je participe à ce débat à travers mon livre. Après tout, la démocratie ce n’est pas un paillasson.

-Ma vie à contre-coran , voilà un titre-choc dont on ne retrouve pas toute la teneur en lisant le livre, l’avez-vous choisi pour frapper les esprits ?

Je voulais que ce titre puisse traduire un peu la femme que je suis. Je suis plutôt une personne qui s’inscrit dans l’audace et le renouvellement et non dans le courant dominant. Y a-t-il un mal à cela ? Les gens qui volent ou qui tuent dans ce pays se cachent-ils pour le faire ? Absolument pas. Le dernier des Algériens sait qu’un tel est corrompu ou que tel autre est un assassin. Pourtant, ces gens-là vivent le plus normalement du monde et n’expriment aucune gêne. Ce sont leurs comportements qui doivent nous choquer et nous révolter et non pas la liberté de ton d’un intellectuel, d’un écrivain ou d’un artiste qui elle, par ailleurs, est absolument nécessaire et vitale pour la réflexion.

Finalement, si quelqu’un comme moi, qui vit à l’étranger dans un certain confort, disons-le comme ça, ne va pas jusqu’au bout de soi-même, qui le fera ? La liberté c’est beaucoup dans sa propre tête que ça se passe. L’aliénation aussi d’ailleurs. Ma tête, je la veux libre de tous les tabous. Les autres finiront par l’accepter. S’ils ne l’acceptent pas, c’est leur problème mais pas le mien. 

-A ce propos et avec le détachement que vous permet la vie en Occident, croyez-vous que l’Islam soit un frein à l’évolution de la société musulmane ?

J’ai envie de dire oui et non ! L’Islam tel qu’il est institutionnalisé maintenant par les régimes et par les groupes islamistes est un frein terrible. Il constitue une chape de plomb épouvantable sur la société. Nous avons des gestionnaires de la religion. Des officiels qui nous disent ce qu’il faut écrire, comment il faut penser, ce qu’il faut dire à nos enfants, ce qu’il faut manger, à quel moment, et surtout tout ce qu’il ne faut pas faire. L’imam se mêle de tout. Il sait tout. Il a un avis sur tout.

Cet état de fait est imposé par des régimes qui utilisent l’Islam pour bâillonner, casser et faire plier les sociétés. On l’a bien vu en Egypte, on le voit très bien en Algérie, en Syrie, en Iran, en Arabie Saoudite et partout ailleurs dans le monde arabe et musulman. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est absolument nécessaire de séparer le religieux du politique, sans cela nul progrès n’est possible. La laïcité s’impose comme une étape historique de notre cheminement.

-Justement et à commencer par le religieux, votre livre dénonce tous les archaïsmes et notamment le sort fait aux femmes, comment sortir d’une situation qui marginalise et oppresse la moitié de la société ?

Les femmes, dans une conjoncture de régression, sont les premières à subir les effets de cette dernière pour une raison très simple, c’est qu’à travers le regard qu’on porte sur elles et le statut qu’elles ont dans une société on sait si on est en démocratie ou dans un semblant de démocratie ou encore dans une dictature. Hé bien, dans le monde arabe et musulman on ne fait pas semblant d’opprimer les femmes, on les opprime franchement. On prend même du plaisir à le faire. Pour ma part, je sais qu’il n’y a aucune fatalité à opprimer les femmes. L’oppression, la tyrannie, la soumission ne sont certainement pas des attributs fixés pour l’éternité comme le disait si bien le grand poète turc Nazim Hikmet dans un magnifique poème : la tyrannie n’est pas éternelle .

-Il y a actuellement, et on le voit dans votre livre, une jonction entre islamisme et nationalisme vulgaire qui constitue une chape de plomb sur la société. Comment peut-on dépasser cette situation de blocage ?

On a fait du bricolage idéologique à partir du nationalisme depuis cinquante ans et l’on a rajouté un autre ingrédient explosif qui est l’Islam. Alors, l’un dans l’autre ça a produit, comme le dit Ahmed Arkoun, l’ignorance institutionnalisée. L’Etat est devenu une succursale de la mosquée. Je ne vois pas de sortie de crise possible sans une rupture avec le système actuel, en l’occurrence ces pouvoirs successifs et toute cette classe politique qui gravite autour. A vrai dire, il y a une limite à faire du neuf avec du vieux. Qu’attendre d’un système qui est totalement insensible aux cris de désespoir des jeunes en particulier ?

Comment ne pas être bouleversé par ce phénomène des harraga  ? Comment peut-on gouverner sans pour autant se soucier de la misère sociale et du chômage ?  Comment peut-on continuer à siéger dans un Parlement qui n’a aucun pouvoir si ce n’est celui de servir de légitimité à un président qui a changé la Constitution pour se perpétuer au pouvoir ? Pourtant ce système continue de se boucher les oreilles et de fermer les yeux. Jusqu’à quand ?

-Votre livre vous a ouvert une nouvelle étape dans votre vie. Vous avez eu beaucoup d’activités au Canada, en Europe également, quel bilan tirez-vous de tout cela ?

Ce livre là, je l’ai écrit par devoir de mémoire. Pour que l’on n’oublie pas cette expérience algérienne absolument tragique, qui a une portée universelle. Moi, je veux faire connaître cette expérience à travers le monde partout où je suis invitée, en portant les voix de tous ceux et celles qui ont cru qu’on peut vivre autrement dans ce pays, qui continuent d’ailleurs de le croire et qui continuent de se battre au quotidien pour faire vivre des embryons de liberté et de démocratie.

-Avez-vous d’autres projets, notamment d’écriture ?

Oui, il y a des projets d’écriture qui sont encore à l’état embryonnaire ; cela prendra probablement la forme d’un essai. Mais ceci étant, je suis encore dans la promotion de ce bouquin, j’ai fait le tour au Canada, j’ai fait différentes opérations de promotion en France, je reviens de Belgique, je retourne les jours prochains en France et j’irai en Allemagne et en Italie.


Source: El Watan

 

 

Commentaires

+1 #6 Guest 01-11-2010 13:44
J'en remets ... la différence entre l'article publié le 30 octobre 2010 sur Le Soir D'Algérie et les deux précedents réside dans le fait que Malika Boussouf est critique et propose des réponses à des questionnements pistés dans l'ouvrage de Djamila Benhabib. Les deux autres comme beaucoup de posts publiés ça et là par des personnes appartenant à la même obédience pour ne pas dire allégeance et se targuant de titres pompeux ne sont que des opinions et des commentaires qui n'apportent rien ni à l'évolution ni au progrès des algériens résidents en Amérique du Nord.
Pourtant tous ont été sélectionnés pour leurs formations, leurs compétences et leurs expériences et le mal c'est qu'ils attendent pour une grande majorité que des pseudo leaders écrivent en déblatérant au lieu d'analyser comme l'a fait Malika Boussouf. Bon mais à l'impossible personne n'est tenu.
Saluations....
+1 #5 Guest 30-10-2010 11:59
Je vous suggère de lire les articles suivants pour vous faire une opinion sur cette personne:

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/10/30/article.php?sid=108054&cid=16

http://www.ksari.com/index.php?option=com_content&view=article&id=983&Itemid=492

http://www.hoggar.org/index.php?option=com_content&task=view&id=991&Itemid=64

K. M.
+1 #4 Guest 29-10-2010 18:35
Alors montrez-nous ce dont vous êtes capable et qui soit meilleur que ce qu'elle fait...
Elle est chez les siens et ils l'apprécient.
Dites ce que vous avez fait depuis que vous êtes au Canada ou vous et vos semblables arrêtez votre dénigrement ?
Oui ! Monsieur, Google est une référence que vous le vouliez ou non.
Si au moins vous aviez l'étoffe d'un polémiste intelligent...moi j'arrête ici.
+2 #3 Guest 29-10-2010 09:16
Car apparaitre dans Google est devenu un gage de popularité et de savoir ? Risible !!

Et vous croyez les gens assez bête pour laisser leur vrai nom ?

Imiter cette piètre chroniqueuse qui ne fait que taper sur sa communauté pour plaire à une certaine frange de chroniqueurs ? non, merci ! J'ai une colonne vertébrale et du discernement.
+1 #2 Guest 28-10-2010 09:42
En tant que femme je ne fais que prendre la défense d'une autre femme même si je ne suis pas d'accord avec ses idées.
C'est dramatique de trouver ces individus qui ont l'art non pas de la critique mais du dénigrement...j'ai tapé sur mon clavier Moussa, j'en ai trouvé des centaines; j'ai aussi tapé Lokbani il y en a des centaines; j'ai tapé Moussa Lokbani pas un seul n'est apparu sur Google...J'ai tapé Djamila Benhabib il y a eu des centaines de liens qui mènent à la même personne.
Le mieux c,est de faire comme elle ou se taire.
C'est le moins que l'on puisse faire lorsqu'on est mysogine.
Immite celui ou celle qui font bien et laisse les chiens aboyer...
0 #1 Guest 28-10-2010 08:50
Pathétique intervention d'une néo chroniqueuse de bas de gamme. Du même acabit que les Martineau et Dutrizac, ses collègues qui affectionnent ce genre de chroniques et de débats.

Le monologue est un sport facile, très facile. Ce genre de personnage ne tiendrait pas 3 mns lors d.un débat contradictoire.

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