Hommage à Lounes Matoub et à Muhend U Yahya. La mémoire contre l’indifférence et la marginalisation

Le Centre amazigh de Montréal (CAM) vient de rendre hommage, au Centre Africa de Montréal, comme à l’accoutumée, au ténor de la chanson kabyle Lounes Matoub, assassiné par une horde islamiste dans les montagnes de Djurdjura, en 1998 et un autre hommage à une autre figure de la contestation, le poète et dramaturge Muhend U Yehya, décédé en 2004.

Le programme de la soirée a commencé par la prise de parole du président du conseil d’administration du CAM,  M. Kamel Serbouh, en souhaitant la bienvenue à l’assistance et en remerciant les partenaires qui ont contribué à la réalisation de cette soirée, notamment le commanditaire M.Karim Ighil. Après une minute de silence en la mémoire d’Omar Zeggane, militant des droits de l’homme et de l’affirmation identitaire amazigh, Mme Zahia Belaid, enseignante de tamazight, nous a ravis de sa belle voix avec un acewik pénétrant. Ensuite, Nacer Djenadi, à la tête d’un groupe de musique chaabi kabyle, ainsi que Moh Laid nous ont réjouis de quelques chansons du patrimoine. 

Lounes : l’indomptable poète

À la question de ce qui sera dit à propos de Lounes Matoub, le président M. Serbouh confie à raison : « que nous ne sommes pas vraiment en mesure d’informer notre public de nouvelles choses concernant Lounes dont il n'est déjà au courant ». En dépit de la marginalisation systémique et le dénigrement, la réputation de Lounes Matoub a dépassé les frontières régionale et nationale. En effet, connu par son large public et reconnu par ses pairs comme figure de la contestation et symbole de la résistance, Lounes  Matoub est récipiendaire en 1994 du Prix de la mémoire de la  Fondation Danielle Mittérand, dont la mission est de soutenir la résistance des peuples et les individus opprimés alors qu’en 1995 SCIJ, section canadienne, lui remet le Prix de la liberté d’expression.

Mohya : le poète critique

En rendant hommage à Lounes, le CAM a servi de tribune pour rendre hommage également à un autre génie populaire, au poète et dramaturge kabyle, Muhend u Yehya, décédé en 2004, pratiquement inconnu du public. Auteur de plusieurs adaptations, Mohya  a su donner une âme kabyle en truffant ses adaptations de tournures et d’expressions dignes d’une production originelle. Ce faisant, il laisse une emprunte sur les œuvres mêmes et en  propose un regard critique et un rapport à l’autre, à partir d’un soi identitaire, tout à fait nouveau et moderne. Parmi ses adaptations, on retrouve des œuvres théâtrales universelles telles que « En attendant Godot » de Samuel Beckett, « Le médecin malgré lui » et « Tartuffe » de Molière,  « Le Ressuscité » de l’écrivain chinois Lu Xun, « La Jarre » du prix Nobel de Luigi Pirandello et bien d’autres.

À cette occasion, le CAM a fait la projection de « Tacbalyt » ou « La Jarre » de L. Prandello suivie d’un débat animé par M. Lhacène Ziani, responsable.du MAK, qui a connu Mohya de son vivant et  deux comédiens qui ont joué dans la pièce en question, M. Yahia Hider et M. Ali Ben Bouabdellah, tous ont répondu aux questions du public dans une atmosphère très conviviale en décrivant l’homme simple par sa condition et innovent par son esprit.

Appel à la solidarité

Pour terminer, le vice-président du CAM a convié l’assistance à encourager les différents acteurs œuvrant pour notre culture en participant aux activités annoncées pour les prochains jours notamment Requiem pour Matoub Lounes, au Conservatoire de musique et d’art dramatique de Montréal, le samedi 30 juin et le spectacle de Mme Zahia Belaid qui chantera au Ballatou, le jeudi 2 août. « Notre culture est vaste et riche, ajoute le président et elle appartient à tout le monde. Nous faisons appel à toutes les bonnes volontés de la communauté à mettre de côté toutes les divergences et nous rejoindre et que chacun puisse contribuer comme il peut ».