Abdelkader Alloula mourut des suites de ses blessures à l'hôpital Val-de-Grâce, à Paris, le 15 mars 1994.

Date: 15-03-1994
Il a poussé le plus loin possible sa quête d’un théâtre algérien capable de s’exprimer esthétiquement et physiquement dans un langage emprunté à ce parler populaire.
Voué entièrement à son art, Alloula, qui préparait une adaptation du Tartuffe de Molière, ne voyait pas le danger arriver. L’art dramatique l’accaparait et c’est sans compter sur ce jour fatidique du 10 mars 1994, alors qu’il se rendait au palais de la Culture d'Oran où il devait donner une conférence sur le théâtre, que deux balles tirées à bout portant par deux terroristes l’atteignirent.
Abdelkader Alloula mourut des suites de ses blessures à l'hôpital Val-de-Grâce, à Paris, le 15 mars 1994.
Comme tant d’autres avant lui, à qui on a refusé le droit de vivre, condamnés, jugés et exécutés par les faucheurs de rêves, les assassins de l’intelligence et de la beauté, Alloula a été une victime en plus sur cette liste douloureuse et combien significative, tant les noms qui s’y trouvent étaient des symboles d’une Algérie libre, républicaine et créatrice. Alloula n’avait que 55 ans et avait tant à donner.
En esprit indépendant, Alloula a animé durant plus de trente ans un théâtre en arabe populaire inscrit dans la vie de la cité, en touchant à tout ce qui se fait, à tout ce qui se passe sur des planches : régisseur, administrateur, éclairagiste mais surtout auteur, acteur, adaptateur, metteur en scène, une formation multiple qui a fait de lui un homme de théâtre complet.
Si le théâtre n’avait plus de secret pour lui, Alloula aspirait toujours à mettre en place des assises solides pour un théâtre populaire. Son dévouement et son acharnement à faire vivre et évoluer le quatrième art, donnent leurs fruits aujourd’hui, dix ans après, (il en sera de même dans 20 ans), car il a su doter sa créativité d’un langage puisé dans le terroir et dans l’universel dans un mixage qui lui est propre, conférant ainsi au théâtre algérien une dimension sociale et politique. Abdelkader Alloula puise ses inspirations dans la vie quotidienne d’une société tributaire des changements socioculturels qui l’on jalonné durant des années tout en créant des inégalités sociales ; ce sont ces situations dramatiques que vivent les laissés-pour-compte, les marginaux, les humbles en affectionnant particulièrement les relations avec les petites gens. C’est ce qui lui a donné de la matière pour écrire Lagoual (1980), Ladjouad (1985) et El Litham (1998).
Mais ses premières pièces théâtrales furent écrites entre 1969 et 1975 : El-Aâleg (les sangsues), une fresque humoristique sur l'univers bureaucratique, suivie d’El-Khobza (le pain) où défilait sur scène le petit peuple d'Oran, “héros ordinaires” ballottés entre inquiétude et espoir, la Folie de Salim (1972), une adaptation de Journal d'un fou, de Nicolas Gogol et, enfin, les Thermes du Bon-Dieu. Dans ces pièces, Alloula brosse sévèrement le portrait d’une époque où l’État algérien se construit sur le modèle des pays de l’Est.
L’influence de Nicolas Gogol (les âmes mortes ; les Arabesques ; le Révizor, cette dernière pièce dénonce avec force les institutions pourries) sur Alloula est très perceptible dans ses quatre premières œuvres.
Abdelkader Alloula est né le 8 juillet 1939 à Ghazaouet. Il poursuit des études secondaires jusqu'au baccalauréat à Sidi Bel Abbès, puis à Oran.
Il interrompit ses études en 1956, quand le FLN décrète la grève des lycéens et des étudiants et s’initie cette même année au théâtre, au sein d'une troupe d'amateurs : El-Chabâb d'Oran. Il suit des stages d'art dramatique en France au Théâtre national populaire de Jean Vilar.
Alloula rejoint le Théâtre national algérien, à sa création, en 1963. Il fait des débuts remarqués de metteur en scène avec les sangsues (1969). Il utilisa le théâtre pour mettre à nu les maux d’une société et d’un système.

Par Nassira Belloula - Liberté ....Lire

Quelques succès de Alloula
Le Pain en 1970 : il met en scène Si Ali, un écrivain public sollicité à tout moment par les appels de gens en difficulté. Si Ali est comme un malade délirant enfermé dans un asile de fous, harcelé par toutes ces voix qui se répètent depuis 40 ans et se mêlent à la sienne et à celle de sa femme. Émergeant peu à peu de cette cacophonie, une voix va se faire entendre plus haut que les autres, elle l'invite à écrire un livre, un livre qui va changer le monde.

Les généreux en 1975 : Djelloul le raisonneur sait analyser une situation ; il sait regarder avec clairvoyance tout ce qui se passe dans le pays : il sait combien se négocie un pas-de-porte, ce que coûte un lot de terrain à bâtir et à combien s'échange l'argent français. Djelloul ne sait pas danser alaoui, certes, mais il a vu comment les mers s'ouvrent et comment bougent les montagnes quand les épaules se mettent en mouvement.

El lithem en 1998 : signifie symboliquement l'interdiction de s'exprimer. Tel est le sujet de la pièce qui illustre ce musellement par la punition infligée à Barhoum, ouvrier qualifié d'une usine de fabrication de papier, pour avoir réparé la chaudière sabotée dans le but de justifier des licenciements collectifs.