Le Congrès musulman ouvre la saison de la chasse aux sorcières

Vous ne les attendiez pas de sitôt. Les accommodements sont déjà de retour. Même si, cette fois aussi, tout commence à cause d’un petit caprice d’un jeune hassid, préparez-vous à voir la crise rejaillir forcément sur votre quotidien. La requête d’un candidat au permis de conduire pour n’être interrogé que par un examinateur de sexe masculin a fini par déclencher un nouvel épisode dans le feuilleton qui nous a passionnés l’an dernier.

 

Pour vous dire, la crise est déjà dans nos foyers, après qu’un obscur Congrès musulman canadien soit allé vite en besogne, en proposant l’interdiction de la burqa. Dans la profusion actuelle de congrès (chaque mois que Dieu fait, il y a un qui sort!), il s’est trouvé un groupe de zélés pour concentrer la controverse sur le voile. Loin de toute approche humaniste, leur proposition, drastique et expéditive, jette l’opprobre sur une poignée de femmes qui a fait du voile intégral un choix. Un choix que personne ne peut pourtant nier.

Jamais, auparavant, je n’ai eu vent d’une quelconque opinion de ces « congressistes » sur d’autres sujets qui touchent les communautés musulmanes. Que pensent-ils des massacres de Hama, Srebrenica, Shebergan, Bentalha ou de celui plus récent de Haditha? Ont-ils entendu parler des atrocités commises dans l’enceinte de la prison d’Abou Ghraib? Et qu’en est-il de l’idée qu’ils se font de tant d’affaires qui taraudent les Canadiens? Personnellement, j’aurais aimé connaître leur position sur le string, eux qu’on considère déjà comme les plus progressistes parmi les Canadiens de confession musulmane, toutes branches confondues. Ou sur les clubs échangistes? Les commandites? Les certificats de sécurité? Ce serait certainement peine perdue. À croire que la burqa est devenue leur seule obsession. Faut-il d’abord demander aux femmes qui la portent ce qu’elles en pensent…?

Pour le profane que je suis, l’avis d’un cheikh de Haute-Égypte importe peu. Que peut m’apporter l’opinion de vieux exégètes, conformistes à souhait, qui ont fait de la bassesse un art de vivre? Rares sont ceux qui ont osé décrier les républiques héréditaires qui fleurissent en terre d’Islam, aux côtés de monarchies archaïques et corrompues. Nous ne pouvons accepter des directives venues de lanternes qui, toute leur vie, feignent de ne pas voir le désarroi et la misère de millions de semblables. Le mieux serait d’ignorer des opportunistes, principaux bénéficiaires des largesses de ceux-là même qui sont à la source de notre exode, quelle que soit leur maitrise de l’exégèse. C’est aussi simple que cela.       

L’interdiction est la forme la plus brute et la moins démocratique de la gestion de la diversité. C’est aussi l’apanage des sociétés faibles et qui doutent. Peut-on faire la guerre aux Talibans afghans tout en faisant siennes leurs méthodes?
Il ne faut pas croire que le problème disparaitra illico presto suite à un oukase venu d’en haut. Des interdits, les régimes arabes en ont aussi fait leur principale arme, s’octroyant à l’occasion le qualificatif tant recherché de « modérés ». Mais la paralysie des sociétés locales découlent grandement des décisions unilatérales de gouvernants, dont le seul souci est de plaire à l’Occident. Plaire pour ne pas perdre le trône. Ceci dit, la Tunisie ou la Syrie peuvent-elles s’ériger en modèles pour un pays qui a inclus la diversité dans sa Charte et qui se trouve être l’antithèse des prisons à ciel ouvert tunisienne ou syrienne?

En préconisant une interdiction pure et simple de la burqa, les « congressistes » musulmans donnent des arguments additionnels aux partisans du dogmatisme laïc. Parmi ceux-là, des chroniqueurs islamo/xénophobes de certaines rédactions ethniquement homogènes, qui ont fait de la stigmatisation de nos coreligionnaires une mission, n’ont pas tardé à monter au créneau. Leur nervosité coïncide avec le dépôt par la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James, du projet de loi 16 sur la gestion de la diversité culturelle au Québec. On se prend déjà à regretter l’immense Pierre Falardeau et son authentique sensibilité. Pourquoi ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers?

En pointant du doigt un effet vestimentaire porté par une infime minorité de musulmanes, on a ouvert une autre brèche pour des dérives beaucoup plus dangereuses que le fait de porter un voile, et ce malgré la mise en garde de la Commission Bouchard-Taylor. Sachez qu’on ne s’arrêtera pas à cette mesure.
Étrange demeure le fait que la stigmatisation connaît justement ses heures de gloire en terre francophone. Un tour en Europe nous donnerait une idée de quoi pourrait être fait notre avenir :

En Suisse, on voit le danger partout. Les frontaliers de la ville française d’Annemasse travaillant en terre helvétique sont devenus des parias. Pour l’instant, on se contente de cris et d’insultes, car les mesures les plus restrictives ciblent la communauté musulmane. Celle-ci devra dorénavant mettre aux oubliettes l’érection du plus petit des minarets. C’est ce que postulent les affiches qui ont fait leur apparition sous les Alpes suisses. Le message est on ne peut plus clair : vous n’êtes pas les bienvenus, mais votre argent oui. Même mal acquis!

Chez les Belges, les frites ne nous sont pas encore interdites. Mais les jeunes musulmanes vivant en Flandre devront ranger leurs hidjabs avant d’entrer en classe. Ainsi en a décidé le Conseil de l’enseignement de cette région prise d’une fièvre xénophobe sans précédent. En Wallonie, par contre, tout chef d’établissement a le pouvoir de prendre une telle décision. L’histoire ne dit pas encore combien de filles auront à se passer des services des profs belges.

Cela fait longtemps que leurs voisins français ont « réglé » abruptement la question du voile à l’école. Curieusement, les nombreux téléphilosophes, qui sont montés aux barricades contre le péril vert et le foulard islamique, se font très petits dans le contexte de l’affaire Polanski-Mitterrand. Au fait, le tolérant ministre de la Culture n’a été d’aucun secours pour notre Mami national...
Dans un pays, où le premier magistrat est occupé à préparer sa toute jeune progéniture pour hériter de la région la plus riche de France et de Navarre, même l’accusation de tourisme sexuel n’est pas en mesure de créer l’émoi au sein d’une élite arrogante et myope. Les flèches les mieux aiguisées sont réservées à la communauté musulmane. 

Ce sont les quelques alternatives qu’a le Québec. Les femmes voilées devront-elles renier leurs croyances et principes comme cela se fait à Tunis ou à Damas ou vont-elles entrer en dissidence entre des écoles ethniques et des mosquées souterraines? C’est le choix que leur laisse la très « progressiste » proposition du Congrès musulman canadien.