Quand un ancien ministre divise les musulmans du Canada

La polémique est intense. Elle dure depuis le début du ramadan. À l’origine, il y a la décision d’une association musulmane, l’une des plus grandes au Canada, mais à l’influence dérisoire, d’honorer l’ancien ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Denis Coderre, une personnalité qui suscite chez les Canadiens de confession musulmane méfiance et rejet.

Dans cette nouvelle saga, le cavalier seul de la Fédération des Canadiens Musulmans, pour ne pas nommer le groupe par lequel est arrivé le scandale, irrite, allant jusqu’à soulever un débat houleux sur le net. En effet, la décision de la FCM a pris de court de nombreuses associations et leaders communautaires, dont une grande partie penche plutôt pour un rapprochement avec une autre option politique en cette période pré-électorale.

D’ailleurs, les gestes unilatéraux imposés à des milliers de personnes sont devenus une coutume chez nos leaders communautaires. Une manière pour eux de renforcer leurs liens avec le monde de la politique ou des affaires, ce qui a pour finalité de rendre leur emprise sur le groupe plus importante.  

Dès l’annonce de la surprenante décision de la FCM, les critiques ont commencé à fuser. La réaction la plus virulente est venue d’Adil Charkaoui. Même s’il ne bénéficie pas de la citoyenneté canadienne, l’enseignant marocain n’a pas tardé à critiquer une décision prise sans concertation aucune avec la communauté musulmane, voire même en catimini. Il s’avère aussi que celle-ci n’est pas du goût de plusieurs membres de ladite fédération.  

À le regarder de près, son choix a de quoi faire sortir de leurs gonds bien des musulmans du Canada. Pour nombre d’entre eux, l’ex-ministre libéral Denis Coderre est celui qui a usé envers des représentants de leur communauté de certificats de sécurité – comme a tenu à le rappeler le député de Mercier Amir Khadir, « en violation totale des principes et des engagements du Canada en matière de droits humains. » L’un de ces certificats a été imposé à Charkaoui avec tout son lot de brimades, d’où l’opposition véhémente du Marocain à l’égard de l’hommage rendu à l’ancien ministre.

Curieusement, tout le long de la polémique, l’instigateur du scandale, Abdelaziz Rzik, l’éminence grise de la FCM, s’est enfermé dans un mutisme total. Il a préféré ne pas répondre à moult questions de ses coreligionnaires. Les musulmans canadiens ne méritent-ils pas de connaître les circonstances dans lesquelles a été prise une décision aussi contestée que contestable? Quelles sont les réalisations conférées à Denis Coderre? N’y a-t-il pas d’autres personnalités plus dignes de notre soutien?

Les rares personnes qui ont soutenu le geste de la FCM estiment que « l’on se doit de miser sur un politicien jeune dont la formation s’apprête à revenir aux commandes de l’État. » C’est leur principal argument. Il faut être amnésique pour oublier que, jusqu’à présent, le Parti libéral n’a jamais daigné marquer son soutien à notre communauté dans ses moments les plus difficiles. Et de tels moments, on en a eu tout le long de cette décennie!

Peut-on passer sous silence le fait que c’est sous le gouvernement rouge que Maher Arar s’est vu offrir un voyage dans l’une des dictatures les plus infâmes sur la planète, pour y goûter à la torture dans les geôles syriennes? Remarquez : le flirt du PLC avec le « tout sécuritaire » a donné de l’eau au moulin du premier ministre Stephen Harper. Il faudrait beaucoup d’aplomb pour soutenir le contraire.

Combien de fois avons-nous été déçus par ces mêmes libéraux tant obnubilés par les résultats des prochaines joutes électorales…Des tonnes de couscous ingurgitées sans aucun résultat probant! Qui se rappelle encore de l’ancien ministre des Affaires Étrangères Pierre Pettigrew? Sa photo était souvent étalée à la Une de nos journaux communautaires, en compagnie de quelques têtes facilement reconnaissables au sein de la communauté. Où est-il aujourd’hui? Qu’a-t-il fait pour notre cause; pour notre bonheur?

Son actuel chef, Michael Grant Ignatieff, parle beaucoup, mais il n’a jamais eu le moindre mot de compassion pour le peuple meurtri de Palestine. La seule fois où j’ai la certitude qu’il a été sincère dans ses propos, c’était quand il avait donné sa bénédiction à l’intervention américaine en Irak. L’article de l’intellectuel d’origine russe, à l’époque professeur à l’Université Harvard, a été publié, sous le titre The Burden (Le fardeau), dans le New York Times Magazine portant la date du 5 janvier 2003. Ce n’est pas tellement loin pour changer subitement et durablement d’opinion.

Habituellement, les politiques ont plus d’un tour dans leurs sacs. Ils passent maitres dans l’art de l’esquive. C’est leur nature. Ceux qui ont des doutes devraient (re)lire Nicolas Machiavel. Les énoncés du théoricien florentin devraient suffire pour comprendre comment un certain Brice Hortefeux a pu berner ses brebis issues des minorités très visibles malgré tout son dédain pour cette partie de la meute. Il a la malchance de vivre en France : pour cette raison, l’ « Auvergnat sans façons » ne pourra jamais aspirer recevoir les lauriers de la FCM!